mardi 20 novembre 2018

Causerie sur les écrits du Cardinal (Père Alain Fontaine, M.Afr.)


Quand le Père Juvénal Sibomana (et le staff de la Maison Lavigerie) m’a demandé de préparer cette causerie, j’ai cru qu’il y avait deux thèmes, en fait les deux thèmes n’en font qu’un, puisque c’est à travers les écrits du Cardinal qu’on peut mieux comprendre quel était sa spiritualité. 

1. PROMENADE DANS LA MAISON GÉNÉRALICE

Pour commencer, je vous invite à une promenade avec moi, à Rome, dans les locaux de la Maison Généralice, à quelques pas du Vatican. C’est une belle bâtisse qui date des années 1950, quand les missionnaires d’Afrique, avec leur flair habituel, ont compris qu’un jour il faudrait déménager la Maison Générale d’Alger, Maison Carrée, à Rome. Un gros problème se posait pour les Missionnaires d’Afrique : le corps du Cardinal Lavigerie avait déjà quitté la ville de Carthage en Tunisie, où il avait été enterré en 1892, pour reposer un certain temps dans le massif central, en France, où s’était établie une maison de formation théologique. On allait de nouveau le déplacer, en 1964, pour qu’il repose à Rome, dans la crypte de la Maison Généralice, nouvellement construite. Il en aura fait des voyages dans sa vie… et même après sa mort !!!! 

Donc nous voilà à l’entrée de la Maison Généralice à Rome. C’est dans une crypte sous la chapelle que repose aujourd’hui le Cardinal Lavigerie. Au rez-de-chaussée de la Maison généralice, on trouve les lieux communautaires, salle à manger, grandes salles, parloirs, etc.

Montons au premier ; c’est là que réside le Conseil Général… chambres, bureaux, salles pour les réunions, petite chapelle, bref tout ce qu’il faut pour leur permettre de travailler, de prier et de se retrouver.

Montons encore un étage, on arrive alors au second. Là, c’est ce qu’on pourrait appeler la mémoire de la Société. C’est là que se trouvent toutes les archives, et surtout les écrits du Cardinal, notre fondateur. 

Visitons rapidement les zones de ce second étage. Il y a d’abord, tout de suite après l’entrée, les archives photographiques. La photo existait déjà du temps du Cardinal. La photo a été inventée en 1839. Nous disposons de nombreuses photos du Cardinal et des premiers confrères. Les confrères ont très vite confectionné des albums de photos. Certaines photos étaient sur plaque de verre et le service photo dispose des appareillages nécessaires pour transférer ces photos sur des supports numériques. Le service dispose de tout un matériel informatique pour scanner, numériser et archiver toutes les photos… Depuis un certain temps le service digitalise petit à petit tout ce patrimoine. 

Un peu plus loin, il y a le secrétariat administratif. Nous sommes un peu plus de 1 200 confrères au 1erjanvier 2018… un secrétariat est donc nécessaire pour tous ces confrères vivants. Il rend tous les services nécessaires. Il a la charge de veiller sur tous les dossiers des confrères vivants. Il assure souvent le lien entre les confrères et le Conseil Général chaque fois que c’est nécessaire. 

On avance et on arrive dans l’espace du Petit Écho. Il y a un bureau pour le rédacteur en chef et toutes les archives depuis le 1ernuméro, qui date du 8 décembre 1912. C’est une grande source d’information et souvent on y recoure. 

Il y a, tout proche, une grande salle bibliothèque où l’on a rassemblé tous les livres, ouvrages, plaquettes, rédigés par les confrères. C’est classé par pays. 

C’est une mine extraordinaire au niveau linguistique. Les confrères ont fait un travail énorme sur les langues, la confection des dictionnaires. Travail ethnologique aussi. Des chercheurs viennent du monde entier pour consulter ces ouvrages. Rien que pour le Burkina Faso, il y a plusieurs rayonnages rassemblant tous les travaux faits en moore, gurunsi, lobi, haoussa, samo, dagari, bore…

S’y ajoutent tous les travaux sur les peuples et coutumes. C’est une mine d’informations et de recherches. 

Tout près de là, le bureau du Webmaster qui est chargé de tenir le site officiel de la Société. Actuellement tout est en cours d’aménagement pour mieux garantir la sécurité du site. Le site est grand public mais certaines parties, destinées aux provinciaux, aux économes ou aux secrétaires, ne sont accessibles qu’avec un code particulier.

Et puis voilà, après tout ce dédale de salles, nous entrons dans le « Saint des Saints » des archives, les archives de la Société qui abritent, entre autres, tous les écrits du Cardinal, notre fondateur. 

C’est une grande salle bien protégée. On n’y entre pas comme dans un moulin. On doit être accompagné et on ne touche pas aux documents sinon avec des gants et c’est l’archiviste qui s’en charge. La salle est climatisée et surveillée sur le plan hygrométrique (l’humidité). La salle est aussi très soigneusement protégée contre l’incendie. 

C’est là que se trouvent tous les écrits du Cardinal. Souvent, du Cardinal, nous nous contentons de citations un peu fameuses… « Vous êtes des apôtres, rien que des apôtres »… ou : « Soyez non seulement unis, mais un »… et tant d’autres que nous imprimons sur des images. Mais qu’en est-il de tous ses écrits ?… Comment sont-ils rangés et protégés ? Qu’en tirer ? Qu’en retenir ? 

Le Cardinal a beaucoup écrit, même s’il n’a jamais publié de livres. Il a fait confectionner des livres avec ses instructions aux confrères mais ce ne sont pas de vrais livres, mais plutôt la compilation de textes et de notes, destinées aux confrères et aux communautés, pas davantage. Il a aussi publié des plaquettes historiques.

Il est encore difficile d’approcher l’ensemble de tous les écrits du fondateur, et de découvrir ainsi toutes les questions qu’il a eu à traiter au cours de ses vingt-cinq années comme évêque et fondateur d’Instituts, ainsi que l‘incroyable variété de ses interlocuteurs.
_____________

2. LE FONDS LAVIGERIE

L’ensemble des documents, lettres, notes personnelles, rapports, etc. rédigés par le Cardinal ou par ses secrétaires mais sous sa dictée, toujours signés par lui, se trouvent classés dans les archives, sous le titre général de « Fonds Lavigerie ». 

Dans toutes les bibliothèques et archives du monde, on emploie ce terme et cette technique du fonds. Un fonds c’est la collecte de tous les documents produits par une personnalité… ses écrits, ses livres, ses notes personnelles, sa correspondance, etc, etc. On rassemble tout dans un même endroit, avec bien sûr des fiches pour s’y retrouver. Le principe de base : Ne rien disperser !

Pour l’essentiel, en ce qui concerne le Cardinal, c’est un ensemble d’une cinquantaine de très gros dossiers, bien répertoriés. C’est un ensemble considérable donc, difficile à consulter car la logique des classements n’est pas toujours facile à percevoir, et il s’agit de papiers anciens, fragiles, et dont l’écriture, manuscrite - l’époque ne connaissait ni ordinateurs ni machines à écrire - ne se déchiffre pas si aisément. 

Il y a aussi quelque chose dont il faut tenir compte. Le Cardinal Lavigerie est certes notre fondateur, mais il était aussi un évêque chargé d’un diocèse puis un Cardinal avec des responsabilités confiées par le pape. Bref, on a du, très vite, distinguer les documents qui relevaient de sa charge d’évêque et de Cardinal, des autres documents internes à notre Société des Missionnaires d’Afrique et qui relevaient de son rôle de fondateur de deux Instituts religieux et missionnaires : les Missionnaires d’Afrique et les Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique. 

Aussi pour découvrir et approfondir sa spiritualité, il nous faudra, tout à l’heure, puiser dans tous les dossiers, car il fut un maître spirituel aussi bien comme évêque et Cardinal, que comme fondateur d’Instituts. 

Pour faciliter l’exploitation de ces archives, très vite nos confrères se sont demandé comment conserver ce patrimoine et faciliter son exploitation. La technologie est heureusement venue au secours de la Société. 

Dans les années 1950, le Conseil général a demandé à une quinzaine de confrères de venir à Rome. On les a équipés de machines à écrire et ils ont dactylographié tout le fonds Lavigerie. C’était un travail colossal mais grâce à eux, tout a été sauvegardé. On peut aujourd’hui avoir accès à tous les écrits du Cardinal sans forcément approcher les originaux, très fragiles, et difficile à lire. 

Pour nous donner une idée du volume que représente cette masse de documents venant du Cardinal, il faut compter 98 volumes au format A4, dactylographiés en recto seulement. En tout, c’est environ 18 000 pages.

Un peu plus tard, dans les années 1980, une autre technique a permis de microfilmer les documents, actuellement le moyen le plus sûr de conserver longuement des documents fragiles.

Plus près de nous, on a entrepris de digitaliser les documents les plus importants afin de les conserver dans un site virtuel, un cloud. Vous voyez, on ne manque pas d’idées chez les Missionnaires d’Afrique. Bien sûr, cette conservation et toutes les personnes et entreprises employées pour cela, représente un sérieux coût. C’est dire l’importance que représentent ces documents pour nous. 

Maintenant, intéressons-nous au contenu…

Dans cette vaste collection, je le disais tout à l’heure, les écrits concernant la Mission et la double fondation de nos Instituts nous concernent plus particulièrement. Mais jetons un coup d’œil d’ensemble pour commencer…

3. LA GRANDE DIVERSITÉ DES DESTINATAIRES

Un premier ensemble concerne tout ce que le Cardinal Lavigerie a écrit dans le cadre de son double ministère épiscopal, à Alger de 1867 à 1892, puis à Tunis comme vicaire apostolique et comme archevêque. Le fondateur a assuré fidèlement ce ministère pastoral épiscopal tout au long de ce quart de siècle (25 ans). 

Sa correspondance abondante et les nombreux documents pastoraux qu’il a publiés en font foi : lettres pastorales, mandements de carême, lettres annonçant ses visites dans les paroisses, organisation des neuvaines de prières pour telle ou telle intention, etc. 

Lavigerie écrivait également pour présenter à ses diocésains les encycliques pontificales, et l’on trouve, par exemple, dans les archives, une longue présentation de la célèbre encyclique Rerum Novarum de Léon XIII (1891). Sans parler ici des visites pastorales ou des réunions liées à son rôle d’évêque, puisqu’il s’agit seulement des documents écrits. On peut dire que le Cardinal a consacré   beaucoup de temps et de cœur à ce ministère.

Une seconde série de documents, importante elle aussi par le nombre, concerne les relations du Fondateur avec les autorités gouvernementales françaises. L’Algérie était à l’époque un territoire français, et le Cardinal dépendait des autorités en place à bien des égards, soit directement du gouvernement à Paris, soit plus souvent du gouvernorat d’Algérie. Il eut ainsi à régler de nombreuses fois des problèmes de subventions pour ses œuvres sociales, d’autorisations pour ouvrir ses écoles ou fonder de nouvelles paroisses, etc. Il a souvent écrit, également, pour se plaindre des campagnes menées contre lui et son action. 

La situation en Tunisie, devenue protectorat de la France en 1881, était différente, mais, là encore, le Cardinal eut souvent à faire aux autorités de tutelle, même si les relations ont été généralement moins tendues qu’en Algérie.

Dans la centaine de volumes du Fonds Lavigerie, il y a aussi tout une abondante correspondance avec le Saint Siège, c’est-à-dire avec Rome : le pape, les dicastères comme celui de la Propagation de la Foi appelé aujourd’hui : l’évangélisation des peuples… Le Cardinal était très connu et apprécié à Rome. Il était l’ami du Pape Léon XIII qui lui confiera quelques démarches difficiles. 

Un domaine qui ne manquera pas de nous étonner, c’est celui des recherches historiques menées par le fondateur lui-même. Alors qu’il était très occupé, et le plus souvent surchargé, par ses nombreuses responsabilités et ses fréquents voyages vers la France ou l’Italie, le Cardinal trouvait encore du temps et de l’énergie pour publier des travaux de recherches historiques, concernant presque toujours l’Afrique chrétienne ancienne ou le passé de Jérusalem.

Ces quelques indications suffisent à montrer la grande variété des correspondances et des documents écrits que l’on peut trouver dans ce fonds Lavigerie, avant même de parler des documents plus directement orientés vers la mission et les missionnaires, ce que nous allons précisément faire maintenant et qui nous intéresse davantage.
___________

4. LES ÉCRITS DU CARDINAL DESTINÉS AUX MISSIONNAIRES

Ceux qui ont travaillé sur le Cardinal comme fondateur d’instituts missionnaires sont parfois étonnés de ne pas trouver au cœur de ses écrits, quelque traité développé sur la spiritualité missionnaire ou sur la spiritualité en général. 

De fait, le Cardinal n’a rien écrit de tel, et pourtant on pourrait dire que l’ensemble de ses écrits sur la Mission ou adressés aux missionnaires révèle une âme totalement donnée à la Mission et un maître spirituel profondément porté par le désir de partager cette foi forte qui l’animait. Si on ne trouve pas chez lui de longs textes uniquement consacrés à ce message spirituel on découvre, par contre, de longs passages de réflexions et de conseils spirituels, situés au cœur de documents qui, par ailleurs, abordent également des aspects pratiques de la vie des instituts et des projets les concernant. 

C’était le charisme du fondateur, d’évoquer tout ensemble les grandes exigences et les joies spirituelles de la vocation missionnaire, et l’engagement concret dans tel ou tel projet, avec toutes les consignes pratiques qu’il pensait nécessaire de détailler.

Parmi les écrits du Cardinal concernant la mission, ce sont les instructions qui arrivent en tête. À l’occasion de certaines nouvelles fondations, le Cardinal estimait nécessaire de donner aux missionnaires en partance, des instructions détaillées, rappelant les points majeurs pour leur apostolat et les consignes pratiques qu’il voulait préciser. Dans cette catégorie, il faut mentionner, en premier, les trois grands textes d’instructions rédigées pour les premières caravanes en partance vers l’Afrique Équatoriale, écrites successivement en 1878, 1879 et 1880. Chaque rédaction vient compléter la précédente, mais pour le Cardinal les trois documents sont inséparables et porteurs tous les trois d’une véritable spiritualité apostolique et communautaire, et riches en consignes pastorales. 

Il y développe sa pensée sur la prière missionnaire, sur l’exigence de renoncement à soi-même, sur la communauté de trois confrères, mais aussi sur l’organisation des tournées apostoliques, sur le catéchuménat, l’obligation stricte d’apprendre la langue, etc. Des instructions équivalentes ont été ainsi rédigées par lui pour les missionnaires à l’occasion de la fondation de Jérusalem, pour l’ouverture du collège interreligieux de Tunis, pour l’ouverture d’une communauté de formation dans l’île de Malte ou encore pour les Sœurs Missionnaires, en 1877, à l’occasion de la fondation de leur communauté, en Kabylie.

Une autre source importante pour connaître la pensée du fondateur sur la Mission est celle de sa correspondance avec les missionnaires. Les deux premières lettres, historiques d’une certaine manière, qu’il faut ici mentionner datent de 1874, la première lorsque le fondateur communique aux missionnaires la première approbation de la Société par le Saint-Siège, la seconde pour publier, quelques semaines plus tard, les décisions du premier chapitre général de la Société. 
Il y a des centaines d’autres lettres de lui, écrites le plus souvent aux confrères responsables de communautés ou à ceux qui étaient chargés d’un service particulier. 

Jusqu’à une date récente, il y avait une coutume qui consistait, pour chaque confrère, à adresser, une fois par an, une lettre au Supérieur général, c’était la lettre de règle. Ce n’était pas conseillé, c’était obligatoire, et tous les confrères s’y pliaient. Ça représentait donc un volume très important de correspondance. On ne fait plus cela aujourd’hui.

Au début de la Société ce sont les pères responsables des communautés en Kabylie et au Sahara qui reçurent le plus souvent les lettres du Cardinal. Il y commentait les nouvelles reçues, rappelait les exigences de l’apostolat telles que la présence auprès des gens, l’étude de la langue, la prière communautaire, l’école à faire pour les enfants, l’interdiction de conférer le baptême sans son expresse permission, etc. 

À partir de 1878, le courrier du Cardinal s’orienta aussi vers les confrères d’Afrique Équatoriale pour les encourager, donner ses avis sur tel projet de nouvelle fondation, commenter l’organisation du catéchuménat, rappeler, non sans sévérité parfois, l’exigence d’être toujours trois ensemble, demander qu’on soit plus fidèle à tenir un journal quotidien des événements, ou encore rappeler le devoir d’étudier les coutumes et le mode de vie des gens et écrire ce qu’on observe. Le petit volume d’anthologie de textes publié dans la Série Historique, n° 16, donne déjà un aperçu de ces grandes catégories de documents.

Il faut aussi évoquer la correspondance avec les responsables de la Société. Le Cardinal était le fondateur et même s’il y avait un Conseil général des Missionnaires d’Afrique, il avait encore son mot à dire dans la gestion de la Société. Aussi, parmi les confrères à qui le fondateur a souvent écrit il y a ceux à qui il avait confié des responsabilités plus particulières, et le premier groupe est évidemment constitué par les conseils généraux successifs. 
Dès le premier chapitre général, en 1874, il fut établi qu’après chaque réunion de travail, si le Fondateur n’était pas lui-même présent à la réunion, le conseil général lui en envoyait le compte-rendu, et les décisions prises n’était validées qu’après son approbation. Cela s’est réalisé davantage à partir des années 1880 car le Cardinal séjournait souvent, alors, à Tunis. On dispose ainsi de nombreuses lettres adressées au supérieur général, notamment le père Deguerry, ou aux assistants, où le fondateur commente les projets, décisions et  réflexions du conseil, n’hésitant pas parfois, d’ailleurs, à prendre le contre-pied des choix faits par l’équipe générale.

Quelques autres textes, enfin, ont un caractère particulier et méritent qu’on les évoque ici, textes plus directement spirituels, ou encore lettres liées à des événements dramatiques. Je veux parler ici des quelques lettres du Fondateur adressées aux familles de tels ou tels confrères morts en mission. 

En mai 1876, après que l’assassinat de trois confrères au Sahara ait été confirmé, Mgr Lavigerie écrit une longue lettre aux familles de ces confrères, lettre chargée d’émotion, d’affection pour les pères ainsi disparus, d’empathie profonde pour les parents, et de réflexions spirituelles d’une grande profondeur sur la vocation missionnaire et les sacrifices qu’elle peut entraîner. Il renouvellera cette douloureuse démarche quelques années plus tard, en 1881, lorsqu’une deuxième caravane, qui se rendait à Tombouctou, connaîtra le même sort. 

Dans de tels textes, et d’autres équivalents, on découvre l’homme de cœur, bouleversé, touché dans son affection profonde pour les missionnaires, et en même temps soutenu par une foi profonde, par la conviction que le sacrifice de ces missionnaires portera des fruits pour l’annonce de l’évangile.

On trouve aussi dans les papiers du Fondateur plusieurs plans détaillés de causeries pour la retraite annuelle des missionnaires à Alger. 
Il y assurait chaque année, s’il le pouvait, l’une ou l’autre conférence où il abordait des thèmes tels que les conseils évangéliques, les relations fraternelles entre missionnaires, etc. Ce sont des textes précieux car ils livrent plus directement, sans doute, ce qui constituait le cœur même de sa propre spiritualité. Le livret de la Série Bleue n° 16 publie les notes du Fondateur pour la retraite de 1876.

Les écrits du Cardinal peuvent donc se résumer de la sorte :

  • Il y a les écrits qui concernent son ministère d’évêque et de Cardinal… correspondances, rapports, notes, etc.
  • Il y a les écrits qui sont plus directement liés aux fondations : instructions aux missionnaires, correspondance avec les missionnaires, correspondances avec les responsables de la Société, notes historiques, Intervention lors des retraites annuelles des missionnaires, lettres aux familles des missionnaires. 
  • À travers tous ces travaux, nous essaierons,  tout à l’heure, après la pause, de mieux saisir quelle était sa spiritualité et ce que nous pourrions en retenir pour nous. Bon temps de pause… 


Père Alain Fontaine, M.Afr.

lundi 19 novembre 2018

Causerie sur la spiritualité du Cardinal (Père Alain Fontaine, M.Afr.)


1. DIFFICULTÉ DE PARLER D’UNE SPIRITUALITÉ DU CARDINAL !

D’emblée, disons qu’il a fallu attendre 100 ans (105 pour être précis) pour qu’un confrère - le Père Dominique Nothomb, enterré à quelques pas d’ici, dans notre cimetière - publie un livre au titre évocateur, en 1997 : « Le Cardinal Lavigerie, un maître spirituel ». Cette mention n’apparait pas dans tout ce qu’on a pu écrire sur le Cardinal. On va aussi montrer que dans tous ses écrits, il est plutôt discret sur cet aspect. On peut d’abord se demander pourquoi ? 

Le père Léo Volker, notre Supérieur général en 1958, a préfacé une petite brochure très intéressante : « Entretiens sur la vie intérieure du Cardinal Lavigerie ». C’était un premier essai, avant la parution du livre du Père Nothomb dont nous parlions à l’instant. Dans la Préface, le Père Volker explique : « On a écrit beaucoup de livres, de brochures et d’articles sur la grande figure du Cardinal Lavigerie, mais personne jusqu’ici n’a entrepris d’aborder sa vie intérieure, pour en montrer la richesse, la profondeur et les caractéristiques. Il y a, semble-t-il, deux raisons à cela. La première est que sa vie a été tellement riche en activités et œuvres éclatantes de toutes sortes, que celles-ci ont pu faire oublier la source intime où elles avaient leur origine. 

Les auteurs trouvaient une matière tellement vaste dans l’action du Cardinal, en des domaines très variés, qu’ils ont pu facilement céder à la tentation de ne montrer que cela ou presque. 

Père Alain pendant la causerie sur la spiritualité du Cardinal
L’autre raison est la grande discrétion du Cardinal pour tout ce qui concerne sa vie intérieure. Nous ne pouvons la connaître que par une étude sérieuse de ses écrits. Cependant, ils sont presque tous de nature administrative et n’ont pas pour objet principal la vie spirituelle et sa façon d’agir. C’est pour cela que nous sommes généralement assez bien renseignés sur son action extérieure que nous admirons à juste titre. Mais connaissons-nous assez la source d’où elle a jailli ? Nous risquons de rester à la surface et même d’avoir une idée fausse de cette grande personnalité en le prenant simplement pour un grand homme, en ce sens qu’il était doué  de qualités naturelles extraordinaires, mais en ignorant sa vie intérieure intense. »

Pour parler de la vie spirituelle du Cardinal, il faut donc chercher, il faut creuser, lire à travers les lignes. Lui-même étant peu disposé à en parler. Il était très discret dans ce domaine. 

On a aussi, sans doute, considéré un peu vite, que tous les textes destinés aux pères, aux frères et aux sœurs, des Instituts qu’il avait fondés, étaient des exhortations sincères évidemment, mais commandées surtout par la fonction. En réalité, on peut affirmer que le Cardinal y révèle plus qu’il n’y paraît, ce qu’il vivait lui-même.

Évidemment il a un style parfois emphatique, propre à cette époque… (Quand on exagère son expression, avec le ton, la voix, le geste). Mais, en fait, les insistances et les accents de conviction, témoignent d’une grande spiritualité. 

2. LA SPIRITUALITÉ, C’EST QUOI AU JUSTE ?

Avant d’aller plus loin, demandons-nous brièvement ce que c’est que la spiritualité. C’est quoi au juste ?

Jésus a promis que le Saint-Esprit nous conduirait « dans toute la vérité » (Jean 16,13), ce qui implique de prendre en compte les choses de Dieu et de les appliquer dans nos vies. À partir de là, le croyant fait le choix de laisser le Saint-Esprit prendre les commandes dans sa vie. 
La véritable spiritualité chrétienne dépend donc du degré auquel un croyant, né de nouveau par le baptême, laisse le Saint-Esprit le conduire et prendre les rênes de sa vie. 

Par conséquent, la spiritualité chrétienne implique le choix que nous faisons de « connaître et grandir » dans notre relation quotidienne avec le Seigneur Jésus-Christ, en nous soumettant au souffle de l’Esprit dans nos vies. La spiritualité chrétienne se développe quand un croyant fait constamment le choix de se soumettre au souffle de l’Esprit.

Alors il peut être intéressant qu’on cherche, dans les écrits du Cardinal, où il parle de l’Esprit-Saint et ce qu’il en dit. 

Il faut quand même remarquer, pour être honnête, que dans le catholicisme du XIXèmesiècle, le rôle du Saint Esprit est rarement évoqué. Si on lit attentivement « Les Instructions aux missionnaires », on ne trouve, sauf erreur de ma part, que 13 mentions à l’Esprit Saint. À la fois il est discret et cependant il en parle. 

L’Esprit Saint est mentionné 5 fois comme l’inspirateur des paroles de l’Écriture, une fois comme celui qui assiste le pape, il le nomme alors « l’Esprit de Dieu ». 

C’est encore ainsi qu’il désigne l’Esprit que reçoit un Évêque au jour de son ordination ; 5 mentions concernent son intervention dans la vie chrétienne : dans la prière, dans la charité fraternelle… Il parle aussi de l’Esprit dans le travail de l’éducateur chrétien, dans l’activité apostolique. Enfin, selon le Cardinal, c’est lui qui inspire et soutient le courage de tous les martyrs, ceux de jadis et ceux d’aujourd’hui. 

D’une certaine manière, nous avons une grande chance aujourd’hui car notre époque comprend mieux la place de l’Esprit Saint dans l’Église et dans le monde. On le doit sans doute à ce mouvement né en 1967, il y a 50 ans aux États Unis, à l’université de Pittsburg. 

C’est ce qui a lancé le renouveau charismatique. Même si on ne fait pas partie de ce mouvement, il faut bien admettre qu’il a permis un vrai renouvellement dans l’Église, dans le sens où l’Esprit Saint est beaucoup plus invoqué, on le connaît mieux, il dynamise et console l’Église. On comprend mieux ses fruits (cf. Galates 5,22) et on les demande. À l’époque du Cardinal on était beaucoup plus discret sur son rôle et sa place, chez les baptisés et dans l’Église. 

3. MAIS QUI EST LE CARDINAL ?

C’est un prêtre diocésain, marqué par ses formateurs qui, au départ, étaient Sulpiciens. Le charisme de cette congrégation, qui date du XVIIèmesiècle, c’est la formation des prêtres dans le cadre des grands séminaires. Leur spiritualité s’inspire des écrits d’un prêtre du XVIIèmesiècle, connu sous le nom de Monsieur Olier. 

C’est une spiritualité sacerdotale très élevée, visant à faire des hommes mûrs d’esprit et de caractère, avec une préférence marquée pour la vie apostolique. Les Sulpiciens vont former des générations de prêtres. Ici même au Burkina Faso, des Sulpiciens ont succédé aux Missionnaires d’Afrique, à Koumi, pour préparer les prêtres qui allaient former le clergé de la sous-Région Ouest Africaine. Jusqu’à une certaine époque, c’était le seul grand séminaire de la Région. 
Ils ont fait un travail remarquable à Koumi. 

Une spécificité de leur spiritualité, c’est de tout centrer sur le Christ et le Cardinal va retenir cela de ses formateurs Sulpiciens. Un jour il aurait dit à ses missionnaires, avec un grand sérieux : « Mes enfants, il faut être fou de Jésus-Christ, comme je le suis moi-même ! ». La spiritualité du Cardinal est devenue résolument christocentrique… au sens où le Christ doit être mis à sa vraie place, au centre. Tous les écrits, si l’on est un peu attentif, laissent deviner cette place centrale du Seigneur dans la vision apostolique du Cardinal. 

Quand le Cardinal ouvre le premier noviciat, le 18 octobre 1868, il y a 150 ans, il aurait dit au Père Vincent, un jésuite : « Des Saints, je veux des saints ! »
En fait, il se souvenait d’une parole de Monsieur Olier qui, en fondant le Séminaire Saint Sulpice à Paris, avait dit ceci : « Je veux que les prêtres entrent dans le sacerdoce par la porte de la vocation et qu’ils deviennent des saints pour que l’Église toute entière devienne sainte. » Cette petite touche montre que le Cardinal avait gardé de solides références au contact des Sulpiciens. Il n’était pas devenu Sulpicien lui-même, mais ces derniers l’avaient quand même beaucoup marqué. 

Même s’il n’a pas écrit de longs discours sur ce qui charpentait sa vie spirituelle, sur la source à laquelle il puisait pour entreprendre toutes les œuvres qui ont été les siennes, le Cardinal se laissait guider par l’Esprit Saint. Il n’avait peut-être pas d’élans charismatiques chaleureux comme certains en ont aujourd’hui, mais il laissait toute la place au Seigneur Jésus dans sa vie apostolique et laissait l’Esprit de sainteté et de force, le guider. À ce titre on peut reconnaître en lui, un authentique Maître spirituel. 

Quant à la charité, il en avait fait sa devise. C’est elle qui résume toute sa spiritualité. Quand il est ordonné évêque en 1863, il choisit l’image du Pélican qui nourrit ses petits de son propre sang. Une image eucharistique très forte. Curiosité : c’est une image qui va se retrouver sur deux autres blasons : celui d’un évêque de Mandchourie, une province à moitié chinoise et à moitié russe aujourd’hui, et aussi sur le blason du premier évêque d’Alger, Monseigneur Dupuch. 

En choisissant l’image du Pélican, Monseigneur Lavigerie voulait déjà donner une dimension missionnaire à sa vie et à son ministère. Son intention était claire : faire de la charité, dans le sacrifice pour les autres, le programme de sa vie. Il ne pouvait pas se réserver cela à lui seul. Il inculquera à ses missionnaires la même devise et le même programme. 

Ainsi, la spiritualité du Cardinal pourrait se résumer ainsi : Jésus-Christ au centre de ma vie, l’Esprit du Seigneur, mon guide, ma lumière et ma force, la Charité pour témoigner, partout où je serai envoyé, qu’il est Amour. Et une manière d’illustrer sa spiritualité, de la rendre crédible, ce sera le « Tout à Tous » de Saint Paul. 
On peut lire cette expression du Tout à Tous, dans la bouche du Cardinal, comme une transposition missionnaire de l’image évangélique du serviteur, qui fut l’option messianique de Jésus.

Aux yeux du Cardinal, la charité apostolique consiste à « aimer les âmes », c’était son expression, et « les âmes, on les recherche (c’est-à-dire qu’on les aime) non pas pour elles-mêmes, mais pour la gloire de Dieu » … Aimer les hommes dans ce qu'ils ont de plus digne, de plus précieux, de plus profond en eux : l'image de Dieu en eux. 

On dépasse ainsi tous les racismes et tous les préjugés sociaux ou culturels. On comprend mieux ici le pourquoi de sa campagne antiesclavagiste. Un tel amour, et lui seul, peut-être universel et rejoindre même le mauvais et l'ennemi. Hors de cette perspective, l'amour est toujours sélectif et partisan, intéressé finalement. Il se porte sur les « bons » (ceux de mon groupe) et se détourne des          « mauvais » (les autres). 

Aimer le prochain « pour Dieu », pour « la gloire de Dieu », c'est vouloir et agir pour que - de près ou de loin, d'une manière ou d'une autre - il s'ouvre à Dieu, il cherche et trouve Dieu, le « contemple », adhère à Lui dans la foi, tende vers Lui dans l'espérance, et communie à Lui dans l'amour. 

Caritas, la Charité, c’est vraiment le centre, le cœur, le résumé de toute la « spiritualité » du Cardinal Lavigerie.

4. LES GRANDS INTERCESSEURS DU CARDINAL

On ne serait pas complet si l’on ne mentionnait pas les grandes figures spirituelles auxquelles le Cardinal était très attachées, ses grands intercesseurs. Et du coup, ils sont devenus les nôtres aussi.

Nous avons dit que le Cardinal, à l’école de ses formateurs les Sulpiciens, avait appris à placer le Christ Jésus au cœur de sa vie. Mais il aimait aussi prier et se confier à plusieurs autres intercesseurs. Il faut placer en premier, la Vierge Marie, Notre Dame d’Afrique, mais aussi Saint Joseph, son époux et encore le grand apôtre Saint Paul. 

Pourquoi je ne cite pas Saint Ignace de Loyola ?
Dans « Les instructions aux missionnaires », on mentionne très peu Saint Ignace de Loyola. En fait, le Cardinal ne faisait que très rarement allusion à Saint Ignace de Loyola. Il est bon de préciser, écrit le Père Dominique Nothomb dans son livre : « le Cardinal Lavigerie - un Maître spirituel », page 21, que le Cardinal n’a jamais exigé que la retraite annuelle des missionnaires se fasse selon le modèle des Exercices proposés par Saint Ignace. 

Selon le Père François Renault, dans son livre sur le Cardinal, les prédicateurs de retraite du vivant du Cardinal, furent, après les jésuites, des Eudistes, des Lazaristes, des Capucins ou encore des membres de la Société. On n’était donc pas, à l’époque, abonné aux seuls jésuites et aux seuls Exercices ignatiens.

Si l’on veut donc résumer les grandes dévotions du Cardinal, il faut citer l’Eucharistie et le Sacré Cœur et la place donnée à ses trois intercesseurs privilégiés : Notre Dame d’Afrique, il la prie avec la simplicité d’un enfant ; Saint Joseph son époux, que le Cardinal invoque comme l’économe de Nazareth et le procureur de toutes ses œuvres, et enfin, les saints, dont Saint Paul, l’apôtre des nations, l’auteur du « Tout à Tous », qui résume si bien notre engagement missionnaire !

Rappelons que tout au début de l'histoire de la Société, nous nous appelions «Société des missionnaires de Notre Dame d'Afrique».

Nos confrères qui ont implanté la Société en Inde depuis 1990, l'ont nommée « Société de Notre Dame d'Afrique ». De son vivant, le Cardinal n'aurait pas accepté qu'on abandonne ainsi le nom de        « mission­naire » qui nous définit essentiellement. Mais, dans certains pays il est préférable actuellement de ne pas l'employer publiquement. Quoiqu'il en soit, la référence à Marie, « Notre Dame d'Afrique », a toujours été chère au Fondateur et à tous les membres de notre Société missionnaire.

Les textes de Lavigerie concernant Marie ont été souvent rassem­blés et recopiés. Reprenons-en quelques-uns. 
Le 8 décembre 1878, il déclarait : « l'Immaculée Conception, sous le vocable de Notre Dame des Missions d'Afrique, Patronne de la Société des Missionnaires ». Mais déjà avant, et souvent par la suite, il a exhorté les missionnaires à développer une fervente dévotion envers la Mère de Dieu. Dès 1876, il a voulu que nous réci­tions une prière commune à Notre Dame d'Afrique. 

En 1878, le sanctuaire de Sainte Anne, à Jérusalem, était confié à la Société. Certes, d'autres motifs que la dévotion avait poussé le Cardinal à l'accepter, et même à le rechercher. Cependant les considérations de piété mariale furent d'un grand poids dans cette décision.

Il est persuadé, et il l'a toujours été, qu'il n'a jamais pu faire aucun bien que par l'intercession et la protection spéciale de la Sainte Vierge dont il a souvent ressenti les effets d'une manière extraor­dinaire. Il croit que les Missionnaires d'Alger ne feront jamais rien que par son secours. Les placer près de son berceau, au milieu des souvenirs les plus douloureux et les plus sacrés de sa vie, lui paraissait donc un gage nouveau de succès pour eux, et comme la réalisation de l'espérance qu'il a toujours eue de les voir profondément dévoués à Marie et aussi soutenus par elle.

Si le Cardinal nous a placé sous la protection de Marie (fête du 8 décembre, rosaire autour du cou, chant du Sancta Maria…), ce n’est pas seulement pour l’image, c’est parce qu’il percevait que le recours à Marie est important pour ceux qui travaillent à l'évangélisation de l'Afrique.

On l'a souvent souligné, la plus grande richesse humaine en Afrique, ce sont les femmes, « nos mères et nos sœurs », disaient les évêques au Synode extraordinaire pour l'Afrique en 1994. Ce sont elles aussi qui souffrent le plus et qui sont les plus abandonnées, les plus privées de leurs droits. Travailler à la libération de la femme africaine et au respect de sa dignité, c'est contribuer à la venue du Royaume de Dieu. Or Marie est le modèle de la Femme selon Dieu. 

L'Afrique, dans sa tradition culturelle, a toujours vénéré la mère. Mais ne doit-on pas dire qu'elle ne l'a pas assez reconnue comme    « femme » ? Or, de Marie, l'Écriture dit l'une et l'autre. C'est saint Jean, qui jamais ne révèle son prénom, mais qui nomme Marie, à égalité, la Mère et la Femme. Puisse sa fille africaine être désormais honorée autant comme femme que comme mère !

La prière à Notre Dame d’Afrique a été récitée fidèlement par des générations de missionnaires, pères, frères et sœurs. On en a progressivement amélioré la formulation mais elle est tombée un peu dans l’oubli. Profitons de ce 150èmeanniversaire pour redonner à Marie, toute sa place dans notre apostolat et dans notre prière. 

Un autre intercesseur pour le Cardinal, c’est Saint Joseph. Ça va nous permettre de terminer cette causerie sur une note un peu plus légère. Pourquoi je dis cela, parce qu’on sait que le Cardinal se promenait toujours avec une statuette de Saint Joseph dans les poches de sa soutane. Pourquoi donc ?

Dans le livre sur la vie intérieure du Cardinal Lavigerie, on lit page 43, ceci : Sa confiance filiale envers le bon saint Joseph, il avait à cœur de la communiquer à ses collaborateurs ; au Père Burtin qui, angoissé, lui exposait les embarras financiers du nouveau Col­lège de Tunis, il conseilla sans hésitation : « Confiez-vous à l'économe de Nazareth et au patron des économes : pour moi, je ne l'ai jamais invoqué en vain dans mes heures de détresse.» Puis il s'enquit auprès du Père s'il avait sur lui une effigie du saint, image ou statuette. Réponse négative. Le Cardinal lui adressa alors de paternels reproches et prenant dans la poche de sa soutane une figurine de saint Joseph, en simple métal blanc, il la lui tendit avec ces mots : « Faites comme moi, mon cher enfant, et le pourvoyeur de Jésus et de Marie viendra à votre aide au plus fort de vos soucis ». 

Enfin, comme fondateur d’Instituts missionnaires, il ne pouvait pas mieux trouver comme intercesseur que l’Apôtre Paul, l’apôtre des nations. 

Dans ses directives, le Cardinal voulait, en proposant le « Tout à tous » paulinien, que ses missionnaires adoptent les habitudes extérieures des peuples vers lesquels ils seront envoyés : manière extérieure de vivre : langue, vêtement et nourriture…

Seul l'Esprit Saint peut nous acheminer, lentement et progressi­vement, vers cet idéal missionnaire. Le Cardinal Lavigerie nous l'a dit : « Le missionnaire est tout à tous, parce qu'il a dit au Dieu de tous : je suis tien tout entier. » Aucune technique, aucun « truc » seu­lement psychologique, ne peut réaliser cette acculturation à la manière paulinienne. Seul l'amour qui vient de Dieu peut, avec des hommes culturellement si différents - le missionnaire et les Africains auxquels il est envoyé - en faire des frères dont Jésus, Fils unique du Père, est le frère aîné. 

C'est pourquoi nous ne pouvons pas parler du « Tout à tous » de Saint Paul sans insister sur l'agapè, l’amour, dont il est l'un des fruits. 

Si nous voulons être fidèles au Cardinal, à l’école de sa spiritualité, il nous faut à la fois, prendre pour modèle la spiritualité sulpicienne qui met le Christ au centre de notre vie, prendre pour modèle la spiritualité ignatienne qu’il a choisi pour nous et qui nous enseigne à bien discerner, et enfin la spiritualité de Saint Paul qui nous invite, par amour, à être « tout à tous » ! 


5. LE CARDINAL LAVIGERIE, UN MAÎTRE SPIRITUEL

Nous pouvons dire aujourd’hui, sans nous tromper, sur la base de tout ce qui a été rapporté sur lui, par ses contemporains et au-delà, que le Cardinal Lavigerie est un authentique maître spirituel.

Il aimait se référer à Saint Augustin. On connaît la célèbre formule augustinienne : « Aime et fais ce que tu veux ! » Mais en fait, contrairement à ce qu'on lit partout, Augustin n'a jamais écrit cette phrase telle qu'elle vient d'être citée. Il aurait écrit plus précisément : « Aime. Et alors ce que tu veux faire, inspiré et poussé par cet amour, fais-le. » 
La pointe est sur le dernier mot : fais-le !!! Un amour qui ne produit pas un faireest vain. Le fondateur aurait aimé nous communiquer cette phrase d’Augustin, en la référant à sa devise : Caritas.

Le Cardinal nous invite à suivre une voie, celle de l'amour au service de l’Afrique et des Africains. Il nous donne un cadre précis, et des directives pour baliser notre route. Mais chacun peut maintenant se laisser conduire par l'Esprit, selon ses charismes propres et sa sensibilité spirituelle personnelle. Un tel sera plutôt ignatien, un autre sera plutôt « franciscain », qu’importe. Tout cela est bien, et ne nous écarte pas de la spiritualité du Cardinal. «Aime », c'est l'essentiel. Aime l’Afrique, aime les Africains, c'est aussi essentiel pour nous. Entre dans un cadre, même si depuis cent cinquante ans il a changé de forme. Accueille en toi le radicalisme du Cardinal fonda­teur. Ne te paie pas de mots. 

Prie Dieu en tout temps : « la prière... d'elle tout dépend ». Agis. Travaille. Donne-toi à Dieu et aux autres d'un même mouvement. Marche. Ne te laisse pas décourager. Ranime sans cesse la flamme. Cherche l'unité. Sois pour les autres un frère, et un compagnon. Accepte l'épreuve. Que la souffrance n'éteigne pas en toi le feu de l'amour mais l'attise. En tout, aime toute les « âmes » selon l’expression du fondateur, tes confrères et tous les peuples de l’Afrique, Marie, surtout Jésus, et en Lui : Dieu, ce Dieu qui te donne l'Esprit de la Mission, ce Dieu à qui tu dis : Tout entier, je suis à Toi.

Je vous remercie. 


Père Alain Fountain, M.Afr.



dimanche 18 novembre 2018

Résumé sur la session de Gestion de conflit


Dans le programme d'étude de l'Institut, il est inséré des cours donnés sous forme de session pour favoriser l'évolution du système éducatif. C'est dans cette optique que du Lundi 05 au Vendredi 09 Novembre 2018, nous étudiants de la 2ème année étions en session.

La session s'est bien déroulée et on avait pour professeur M. TAPSOBA Wend-Lassida Marc qui est un anthropologue, philosophe et théologien. Cette session qui a été brillamment vécu avait pour thème: « PHILOSOPHIE SOCIALE: GESTION DE CONFLITS ». Dans un premier temps, nous sommes parvenus à une définition conceptuelle en disant que «  le conflit est un état de tension dans les relations entre deux personnes physiques ou morales entre deux institutions ou entre deux Etats pour des raisons diverses ». Comment alors gérer et résoudre les conflits au niveau horizontal et au niveau vertical dans la chaine des relations? M. TAPSOBA disait qu'il y a conflit lorsqu'une personne ou un groupe de personne perçois qu'il y a une autre personne ou un groupe de personne qui l'empêche d'atteindre ses objectifs et inversement. Nous avons fait plus attention aux questions telles que: quels sont les éléments déclencheurs d'un conflit? Quelles sont les caractéristiques d'un conflit? Qu’est-ce que la violence? ...

Dans un second temps le prof nous a donné des stratégies de gestion de conflit. Ainsi dans un conflit, chaque personne impliquée joue un rôle particulier tout comme dans un film. Durant cette semaine, des travaux de groupe ont été organisés le lundi et mardi soir. Nous étions tenus tout d'abord de partager une expérience de violence ou de conflit que nous avons vécu, comment il été gérer? Et donner notre appréciation et impression de ce conflit. Ensuite, chaque groupe a reçu un texte qu'il à résumé, critiqué et présenté à toute la classe.

Durant cette session nous avons tous appris les causes des conflits, et quelles attitudes adopter pour leur gestion. Ainsi, la gestion des conflits est un art et une science dont l'efficacité réside dans son approche inter disciplinaire qui intègre toutes les sciences.
                                                          

                                                                                                                                 Wilfried Sidoine Yiwoalo BAKO

lundi 12 novembre 2018

Méditaton du 09 au 17 Novembre


Chers étudiants,  chers amis, l’équipe St Dominique Savio nous invite en ce trente deuxième semaine du temps ordinaire à méditer sur l’Évangile de St Luc chapitre17, verset 19 : « Jésus lui dit : relève-toi, va. Ta foi t’a sauvé. » Jésus adresse ces paroles à l’un des dix lépreux qui vient rendre grâce pour sa guérison. St Luc, à travers ce verset, nous laisse voir la différence entre le salut et la guérison. Tous les dix lépreux ont été guéris mais Jésus accorde le salut à celui qui vient exprimer sa gratitude. A travers le comportement du dixième lépreux, nous entrevoyons le lien qui existe entre la foi et le salut. On peut même dire que c’est la foi qui nous sauve car Jésus lui dit : « relève-toi, va. Ta foi t’a sauvé. » La foi sans actes, la foi qui oublie de rendre grâce serait donc une foi illusoire, une foi morte ou encore une véritable utopie.  Que le Seigneur fortifie notre foi et nous aide à contempler les merveilles que Dieu fait dans nos vies et autour de nous.
 Bonne méditation a tous Amen.                                                     
 NANA Joël

samedi 10 novembre 2018

Oh ! Quelle consolation !

En ce jour solennel de commémoration de tous les fidèles défunts, Jésus le fils du Dieu vivant sans hésitation nous dit : « Tous ceux que le père me donne viendront à moi ; et celui qui vient à moi ; je ne vais pas le jeter dehors »
       Oh ! Quelle consolation ! Comment nous repousserait-il, lui qui est venu pour rassembler les enfants de Dieu dispersés et pour tout attirer à lui dans son évaluation ? Oui chers frères dans le Christ, Jésus nous révèle la volonté bienveillante de son Père sous forme d’une triple mission : ne perdre aucun de ceux que le père lui confit ; leur donner la vie éternelle ; les ressusciter au dernier jour. Ce triple programme, Jésus l’a accompli une fois pour toutes dans sa passion : désormais tous les hommes, sans exception, peuvent trouver dans le Fils le pardon de leurs péchés et la réconciliation avec Dieu. « Il est Dieu né de Dieu » nous dit le symbole de Nicée Constantinople. Comment, dès lors, celui-ci ne nous ressusciterait-il pas au dernier jour, pour nous introduire dans la plénitude de paix et de joie qu’il a préparée pour nous depuis toute éternité ? Telle est notre foi, telle est notre espérance, telle est la certitude que nous donne l’Esprit de charité, pour nous et pour nos défunts qui nous précèdent auprès du père.



Eloge DJIBOM


                                         

  HOMELIE DU 21 SEPT. 2024 : MESSE D’OUVERTURE DE L’ANNEE ACADEMIQUE 2024-2025   A L'ISPP-ML Chers Sœurs et frères, Je nous invite à...